Le jour où … je me suis dit « On s'en fout »





Ces derniers jours, j'ai beaucoup pensé à cette phrase. « On s'en fout ». Pas dans le sens du « j’m’enfoutisme », ni dans le sens du renoncement. 

Dans le sens du tri. Du vrai tri. Celui qu'on fait quand la vie vient nous fait voir ce qui compte vraiment.

Une de mes amies se fait opérer du cœur aujourd'hui. Du cœur, quoi !

Quand elle me parle de demain, je sens bien que demain est devenu une notion un peu floue. Un territoire qu'elle regarde de loin sans savoir si elle doit y croire ou s'en méfier. Alors les prévisions économiques de 2035 ? On s'en fout.

Les experts qui savent exactement comment le monde va finir ? On s'en fout.

Les analyses géopolitiques à trois dimensions ? On s'en fout.

Ce qu'elle attend aujourd'hui, ce n'est pas un rapport du FMI.

Elle attend un message, une présence, une main tendue, un regard, une attention… Comme nous tous, finalement. Parce qu'au fond, ce que nous cherchons depuis notre premier cri jusqu'à notre dernier souffle est d'une simplicité presque trop simple justement !  Être aimés. Être vus. Être importants pour quelqu'un.

Le reste est souvent du théâtre. Et je sais de quoi je parle ! 


Je pense aussi à cette cliente qui a perdu son mari à 42 ans. Quarante-deux ans, quoi 

À cet âge-là, normalement, on prévoit les vacances, on discute du prochain barbecue, on hésite entre refaire la salle de bains ou changer la voiture.

Et puis un jour, un évènement balaie tout ça d'un revers de main, la maladie, l’accident… La couleur du carrelage ? On s'en fout.

Le taux du crédit immobilier ? On s'en fout.

Le dernier modèle de téléphone ? On s'en fout.


Je pense aussi à ce client qui a perdu son frère. Un homme atypique. Marginal. Pas toujours facile à comprendre.

Le genre de personne que certains regardent de travers parce qu'il ne rentre dans aucune case. Mais il vivait sa vie, tout simplement et hop envolé !

Aujourd'hui, mon clientdonnerait probablement tout ce qu'il possède pour entendre encore une fois la voix de son frère.

Alors  la chaleur ? On s'en fout. 


Et puis il y a cette vieille dame. Elle vit seule. Les jours passent. Les semaines aussi.

Qu’est ce qu’elle attend ? Rien … Partir d l’autre côté  ? Mais c’est pas elle qui décide ..

Peut-être qu’elle attend juste quelqu'un. Un être humain. Pas un miracle. Pas un héritage. Pas une victoire à l'Euromillions.

Juste quelqu'un. Alors avoir encore plus d’argent ? On s’en fout.


Quand on regarde les choses sous cet angle là, beaucoup de nos préoccupations deviennent insignifiantes.

Je viens de regarder D'argent et de sang, cette série sur l'arnaque à la taxe carbone.

Des centaines de millions. Des milliards. Des hommes qui mentent, trichent, manipulent, écrasent tout sur leur passage. Humilient d’autres gens.

Des fortunes construites en quelques mois. Des égos qui grossissent plus vite que les comptes bancaires. Mais derrière tout ça, il y a quoi ? Toujours un manque d’amour, un manque de reconnaissance.

Et pendant plusieurs épisodes, je me suis demandé jusqu'où certains sont prêts à aller pour de l'argent. C’est quand même hallucinant de voir jusqu’où l’être humain est capable d’aller pour garder son pouvoir …


Puis je suis revenue à mes rendez-vous, à ma réalité mon quotidien, mes clients, mes amies, ma famille.

Et je me suis posé d’autres questions.


Combien vaut un fou rire ?

Combien vaut une dernière conversation avec quelqu'un qu'on aime ?

Combien vaut une main serrée dans une chambre d'hôpital ?

Combien vaut une mère qui vous prend dans ses bras ?

Combien vaut un ami qui vous appelle juste pour savoir comment vous allez ?


Le problème, c'est que ces choses-là n'ont pas de prix. Alors elles n'ont plus beaucoup de valeur dans notre société.

Alors on s’en fout de ça ? De ce qui ne se mesure pas…? Là, j’en suis moins sure ..


Comme l'écrit Fabrice Midal, nous passons une bonne partie de notre vie à nous faire la guerre à nous-mêmes.

À vouloir être plus performants, plus riches, plus jeunes, plus beaux, plus ceci, moins cela.

Toujours ailleurs que là où nous sommes, toujours en train de courir après quelque chose.

Et pendant ce temps-là, la vie passe ..


Alors oui.

Il fait 35 degrés à Nantes, oui, il y a une guerre quelque part.

Oui, un nouveau virus circule.

Oui, les marchés financiers montent, descendent, remontent et redescendent.

Oui, quelqu'un sur Internet est scandalisé par quelque chose.

Oui, un milliardaire vient probablement d'acheter un yacht plus grand que le précédent.

On s'en fout.

Enfin non.

On s'en fout pas totalement !


Parce que pendant ce temps-là, une femme attend qu'on lui dise qu'elle est aimée.

Un homme pleure son frère. Une amie entre au bloc opératoire. Une vieille dame espère une visite.


Et quelque part, vous et moi essayons simplement de vivre du mieux possible avec ce que la vie nous a donné.

Je pense que la vraie richesse n'est peut-être pas ce qu'on possède, elle est dans ce qui reste quand tout le reste disparaît. Et quand j'y repense, je trouve ça à la fois flippant et profondément rassurant. Parce qu'au bout du compte, nos comptes bancaires, nos titres, nos réussites, nos performances et nos trophées finiront tous au même endroit. Dans un un espace ou cela n’a plus aucune importance.

L'amour, lui, laisse des traces.


Et ça, pour le coup, je ne m'en fous pas du tout.


Laure Fontaine

www.maison-du-soin.com
Un Retour à Soi...



Commentaires

  1. Magnifique message

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  2. C‘est tellement vrai! Très bien vu et décrit Laure, bises attendries

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