Le jour où... il a fait 43 degrés
Le jour où... il a fait 43 degrés
Cette semaine, le thermomètre a décidé de nous rappeler que nous ne contrôlons pas grand-chose.
43 degrés à Nantes. Des routes qui fondent presque, des ventilateurs en rupture de stock, des climatiseurs devenus les nouvelles stars de l'été, et des conversations qui commencent toutes par la même phrase : « Tu supportes, toi ? Ahhhhh ça fait du bien la clim ici !»
À vrai dire, je ne sais jamais très bien si je supporte la chaleur ou si je négocie avec elle, enfin si , je sais, je ne supporte pas du tout !
Je fais partie de ces personnes qui ont longtemps considéré qu'il fallait tenir. Tenir la chaleur, tenir le froid, tenir la fatigue, tenir la vie en général. Une sorte de sport national intérieur. Et puis, avec les années, j'ai commencé à comprendre qu'il existait peut-être une autre voie : observer plutôt que lutter, et sutout trouver du sens en chaque chose. C'est ça qui me fait avancer, n'en déplaise à certaine personnes pour qui "c'est le hasard!" Chose à laquelle je ne crois pas du tout.
Bref, cette vague de chaleur m'a rappelé une expérience vécue il y a une quinzaine d'années, en Suisse, lors d'un stage avec Emaho, le chaman que j'ai suivi pendant plusieurs années.
Quelques semaines auparavant, nous avions participé au séminaire d'Anthony Robbins à Rome. Nous avions marché sur le feu. Littéralement. À ce stade-là, nous étions persuadés, avec cette magnifique naïveté des chercheurs spirituels passionnés, que nous étions prêts à tout.
C'est donc avec un enthousiasme certain que nous nous sommes retrouvés devant une immense structure recouverte de couvertures épaisses et de peaux de bêtes : une sweat lodge.
Pour ceux qui ne connaissent pas, la sweat lodge, ou hutte de sudation, est un rituel ancestral de purification pratiqué par certains peuples amérindiens. À l'extérieur, un immense feu brûle pendant des heures. D'énormes rondins de bois alimentent les flammes. Des pierres sont chauffées jusqu'à devenir rouges et incandescentes.
Puis, nous entrons.
Nous étions une dizaine, assis en cercle dans cette hutte basse, obscure, recouverte de couvertures épaisses. La porte se referme. Les pierres brûlantes sont déposées au centre. L'eau est versée dessus.
Et là... tout change.
La chaleur n'est plus une température. Elle devient une présence. Nous dégoulinons de toutes parts, nous nous penchons, tête sur la terre pour essayer d'avoir un peu d'air qui passe de dessous les bâches.
Le corps commence à transpire, transpire encore. Et encore. À un niveau que je n'aurais jamais imaginé possible. La respiration devient un exercice de conscience. Les chants commencent. Les prières amérindiennes résonnent dans l'obscurité. Le temps se dilate. Nosu sommes hors du temps. Cela devient une expérience quantique, métaphysique !
Je me souviens avoir pensé plusieurs fois : « Bon, là, c'est sûr, je vais tomber raide. »
Mais non. Le corps s'adapte. Il résiste. Il trouve des ressources que l'on ne soupçonne pas.
Mon fils Natan avait huit ans. Les enfants ont le droit d'entrer et de sortir de la hutte selon leurs besoins. Je le voyais parfois disparaître quelques minutes puis revenir avec ce naturel extraordinaire que seuls les enfants possèdent. Eux ne cherchent pas à prouver qu'ils sont forts. Ils écoutent simplement ce qui est juste pour eux.
Cette expérience a duré environ une heure. Lorsque nous sommes sortis, quelque chose avait changé.
Bien sûr, nous étions épuisés. Trempés. Rouges comme des écrevisses. Mais il y avait aussi cette sensation étrange d'avoir été nettoyés de l'intérieur. Comme si la chaleur avait emporté bien plus que de la transpiration.
Avec le recul, je crois que cette expérience m'a appris plusieurs choses essentielles.
D'abord, la patience. Parce qu'il existe des situations où il ne sert à rien de lutter contre ce qui est. Il faut traverser.
Ensuite, l'observation. Observer son corps. Observer ses pensées. Observer cette petite voix intérieure qui panique, qui dramatise, qui annonce régulièrement notre mort imminente alors qu'en réalité nous sommes simplement en train d'avoir chaud.
Elle m'a aussi appris la résistance. Non pas cette résistance dure, héroïque, presque violente envers soi-même. Mais cette capacité plus subtile à découvrir que nous sommes souvent plus solides que nous ne le pensons.
Et surtout, elle m'a appris quelque chose sur la puissance intérieure.
Cette puissance n'est pas celle qui crie, qui performe ou qui impressionne les autres. C'est celle qui reste présente au milieu de l'inconfort. Celle qui respire quand tout pousse à fuir. Celle qui sait qu'après la traversée vient toujours un autre paysage.
Alors, quand les températures grimpent aujourd'hui jusqu'à des niveaux presque irréels, je repense à cette hutte de sudation.
Évidemment, je ne vous suggère pas de transformer votre salon en sweat lodge improvisée avec des couvertures et des pierres chauffées. Les pompiers vous remercieraient probablement d'avance !
Mais peut-être pouvons-nous regarder cette chaleur autrement.
Et si la canicule nous invitait, malgré nous, à ralentir ? À annuler quelques obligations non essentielles. À nous allonger à l'ombre. À écouter notre respiration. À observer notre corps plutôt qu'à lui demander encore plus. À accepter, peut-être, que nous ne sommes pas des machines de production mais des êtres vivants soumis aux saisons, au climat, aux cycles et à nos propres limites.
L'été reviendra probablement avec d'autres épisodes de chaleur intense. Les scientifiques nous le rappellent régulièrement. Nous pouvons le redouter. Nous pouvons aussi choisir d'en faire, lorsque c'est possible, un temps de retour vers nous-mêmes.
Je vous souhaite donc un bel été, un été où l'on transpire un peu, peut-être, nous ne maitrisons pas la méteo, nous vivons avec.
Un été où l'on ralentit davantage. Où l'on médite parfois. Où l'on observe beaucoup.
Et où l'on découvre, au détour d'une journée à 43 degrés, que notre plus grande ressource n'est peut-être pas notre capacité à tenir, mais notre capacité à nous écouter, à vivre et à traverser ce qui se présente à nous.
Laure Fontaine
www.maison-du-soin.com
Un Retour à Soi...
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