mercredi 19 février 2020

Du rôle primordial des mots...




Aujourd'hui, j'ai lu le témoignage d'une amie à moi, ô combien cultivée et avancée sur le chemin de la découverte de soi, à mes yeux, qui m'a beaucoup touchée et attristée.
Elle parle de son expérience lors d'une tentative d'embrigadement dans une secte. Elle parle de la technique de manipulation que certaines personnes peuvent utiliser pour pouvoir arriver à leurs fins.
Les méthodes où les mots utilisés sont empruntés au vocabulaire du développement personnel, d'où le côté inquiétant de mon point de vue. Parvenir à discerner tel est notre enjeu lorsque nous désirons faire un chemin de travail sur soi. Il y a tellement de propositions, et tellement de tout et du n'importe quoi...
Où est la vérité ? Si tant est qu'il y en ait une.
A nous de nous écouter, écouter notre cœur et décider de quelle voie nous voulons vraiment suivre à l’intérieur. 
Je vous laisse découvrir ce témoignage poignant. 


Laure Fontaine
Un retour à soi…

Mon expérience avec une secte....

« Lorsque les mots perdent leurs sens, les gens perdent leurs libertés », Confucius.

Eh oui, toute naïve que je suis...cela m’est bien arrivé.
J’en suis encore toute retournée. Je me suis rendue compte, trop tard, mise devant le fait accompli, qu’une de mes amies me manipulait depuis plusieurs mois, tout ça pour me conduire à une conférence. « Tu ne vas probablement pas tout comprendre, mais ce sera très intéressant, ça devrait te plaire », me disait-elle alors pour présenter cette soirée. Le discours est caché et assez nébuleux. Je ne me suis pas méfiée une seconde. J’avais promis de l’accompagner. Elle est mon amie. Je suis son amie. Cela suffisait. Par ces liens d’indéfectible confiance, je lui avais promis de venir avec elle car elle pensait y rencontrer une personne qui, selon elle, allait la faire se sentir mal. Son ex. Elle avait peur de la croiser, ne savait pas comment elle allait réagir en sa présence...alors pour la soutenir, lui montrer qu’elle n’était pas seule, pour l’épauler, j’ai dit oui, pour la rassurer.

Quelle idiote je fais !

Vers 19h30, nous voilà parties avec l’une de ses amies (adepte comme elle, je m’en rendrais compte plus tard) à cette soirée. Arrivées au lieu-dit, nous sommes rentrées dans une salle, pas très grande, des chaises étaient disposées en arc de cercle autour d’un fauteuil central qui allait servir à l’intervenant.
Je fus surprise par le nombre de personnes présentes. Facilement une cinquantaine. Pas de pub, ni de flyers, pas d’affiches ni de présentation de la personne ou du sujet...étrange. Mais cette question je ne me la suis pas posée tout de suite. J’étais en confiance, avec une amie.

Chacun prend place, et je constate l’air solennel qui découle de l’atmosphère : je ressens quelque chose de plutôt pesant, je sens bien qu’il n’est pas question ni d’interrompre, ni même de bouger...il ne faut pas déranger le maître.
Puis, il s’assoit et demande à l’assemblée qui sont les nouveaux, qui n’a jamais fait de stages avec lui, qui vient pour la première fois...je n’ose lever la main, mon amie m’encourage « vas-y ! lève la main. Je suis certaine que tu trouveras les réponses à tes questions. Ecoute bien ». Son regard rassurant, sa voix posée...et je ne vois rien.

A peine les premiers mots prononcés de l’intervenant (qui ne s’est d’ailleurs pas présenté) j’ai tout de suite saisi la portée de l’endroit où je me trouvais.
Il commença son récit en nous expliquant que jeune homme, il avait été diagnostiqué par des médecins et des spécialistes comme ayant de graves troubles de la personnalité. Il poursuivit sont récit en nous expliquant que ces crétins de médecins, tous bardés de diplômes n’avaient rien compris : il était en contact avec des êtres supérieurs qui l’avaient élu pour lui dévoiler la vérité. 
Approbation sans faille de la salle. Les médecins : tous des incompétents...
Du regard, je fais le tour des personnes présentes : que leur est-il arrivé ? que s’est-il passé chez elles pour qu’elles croient cela ? 
Le discernement les avait-elle quittés ? Ou était-ce juste de la complaisance face à ce discours sans sens ?

Poursuivons.

Puis voici notre intervenant partir dans des explications aussi mystérieuses qu’incompréhensibles : ses phrases ne sont jamais terminées, il souffle un début de définition de terme ou de vérité qu’il ne peut finalement pas dévoiler car nous ne sommes pas assez éveillés. Il nous affirme voyager souvent dans des lieux cosmiques, dans le monde extra-terrestre afin d’y rencontrer ses maîtres spirituels.

Il utilise à outrance le syncrétisme religieux, mélangeant toutes les croyances et toutes les pratiques, utilise des termes tels que « sphère cosmique », « voyages astraux », « entités supérieures », « maîtres spirituels » ... il dit, affirme, mais n’explique rien.

Personne ne bronche dans la salle. Tous sont très (trop ?) concentrés et boivent, approuvent, ravis d’être les dépositaires de ces secrets révélés à eux seuls.
Deux heures de discours sans aucun sens, sans fil conducteur. Il dit, nous devons le croire et approuver.

Il affirme sans preuves : elles ne servent à rien. On doit le croire sans sourciller. Normal : il détient la vérité !!

Et toute l’assemblée est attentive et avide de savoir la suite...eh oui, à chaque phrase, on attend cette suite, qui n’arrive jamais. On souhaite savoir...mais pour cela, « il suffit de vous inscrire aux nombreux stages eux-mêmes déclinés en plusieurs niveaux afin d’atteindre la conscience supérieure et éveillée ».
Et puis, ses apprentissages, il les détient de maîtres spirituels d’autres galaxies, pour les plus prestigieux, mais aussi par des tibétains, entre autres. Il ne parle pas le tibétain, non, trop vulgaire ; cet enseignement, il l’a reçu par des signes...

Il est guérisseur, hautement qualifié par ces êtres de l’au-delà et sa connaissance si spéciale, il est le seul à pouvoir le transmettre au groupe. Impossible de vérifier ses sources, il utilise un jargon ésotérique, mélangé à celui des sciences, sorties de leurs contextes et détournées pour servir sa parole de vérité.
Il nous raconte en détail ses voyages astraux, les entités qu’il rencontre, les « sas » à franchir au fur et à mesure de l’enseignement qu’on lui transmet. Aujourd’hui, il est au plus haut niveau et pas plus tard que la semaine dernière, il a été invité auprès du tout puissant car il est celui qui sait et qui lui transmet le vrai. 

On doit le croire, sans sourciller, ni douter. 
Il sait. 
Pas nous. 

Nous avions quitté tout sens commun. Comme flottant dans une autre dimension où il nous avait entraîné avec ses paroles floues, nous étions à sa merci. Ses yeux, son regard de démence installaient un déséquilibre profond dans les consciences de chacun. Tous nos repères habituels étaient brouillés, comme s’il souhaitait faire un reset de notre cerveau et qu’il le reconditionnait à sa convenance.

Alors pour sortir de là, je suis entrée en méditation, pour fuir, j’ai pensé très fort à ce qui me rattache à la vie, au plaisir et à ce qui me rassure. Cela m’a permis de m’extraire de son discours invasif et dévastateur.

A ceux qui oseront lui poser des questions en fin de séance, il ne dira rien, sauf « tu n’as pas le niveau, tu ne peux pas comprendre, il faut venir aux stages et passer tous les niveaux pour être conscients et comprendre ».

Et puis cette parole se termine, enfin, par une méditation en l’honneur de la musique des sphères. Celle que les extra-terrestres lui ont appris là-haut. Bol tibétain, lyre, pour entendre le cosmos dans toute sa splendeur et sa nébulosité.
La conférence est terminée. Il est temps de discuter avec les autres, les adeptes, les personnes qui seront élues. Car oui, il est à la recherche de 12 apôtres, 12 élus, les meilleurs d’entre tous, qui seront assez éveillés et sûrs de pouvoir à leur tour transmettre et éveiller des consciences pourries par la vie quotidienne. 

Car oui, ils sont les savants, les élus, les autres sont des déchets incapables de comprendre et de se rendre compte de tous les enseignements que ces êtres extra-terrestres peuvent nous apporter...

Mon « amie » se tourne vers moi, heureuse, contemplative, toute emplie de cette parole entendue...
« Alors, qu’en as-tu pensé ? C’était intéressant, hein ? ».

Je suis perdue et ne sais quoi lui répondre pour ne pas lui faire de la peine. Je me sens très mal : j’ai envie de quitter ce lieu au plus vite, de m’enfuir. Car je me sens en danger. J’ai eu peur. J’ai eu très peur. J’ai eu peur pour mon âme, pour ma conscience, à plusieurs reprises, je me suis sentie happée, comme prise dans des filets qui cherchaient à emprisonner mon esprit, se l’accaparer, le détruire, lui faire quitter les nuances et le raisonnement pour accepter l’inacceptable, le n’importe quoi intellectuel, le miasme, la boue, les méandres vaseux qui perturbent et désorganisent l’esprit.

Elle insiste. La seule phrase que je suis capable de lui sortir à cet instant est « j’ai l’impression d’être dans une secte ».

Elle me répond que c’est exactement ce qu’elle a ressenti aussi la première fois qu’elle est venue, et qu’en revenant encore et encore elle avait été persuadée du contraire, que cette démarche l’élevait spirituellement et que sa conscience était plus éclairée encore. Elle fait partie de l’élite. Le reste n’a aucune espèce d’importance.

Je lui explique que je me sens mal, que j’ai juste envie de partir, que je n’ai rien compris, qu’il n’a été que le vecteur d’un grotesque discours, sans sens, sans fil conducteur, détestable avec les gens, les méprisant de toute sa hauteur de savant fou et que je ne comprends pas ce qu’elle fait dans ce groupe, avec ces personnes.
Elle travaille et me fait entendre qu’elle est l’une des élues. Elle suit assidûment les cours et leurs principes et l’idée est de les répandre au plus large d’entre nous tous.

Sur le chemin du retour, je suis sans voix, encore abrutie et craintive de ce qui s’est passé. J’ai juste envie de rentrer chez moi.
Dans la voiture qui nous ramène, j’entends son amie qui nous a accompagné lui expliquer qu’elle est en contact étroit avec des raéliens. Que c’est formidable.

Je suis sonnée. Qu’ai-je bien pu faire pour qu’elle puisse croire que j’allais adhérer à cela ?

Nous nous sommes revues trois jours plus tard.
Mardi matin très exactement.
A la question banale, « comment tu vas », je lui ai répondu que je ne m’étais pas remise de ma soirée. Que je me sentais encore mal. Trahie. Salie. Honteuse de m’être laissée berner.

Elle sourit. Puis rit. Elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas que je n’ai pas compris. Sa démarche était selon elle complètement altruiste, pour me faire entrer dans le cercle. Me montrer son monde. Ses initiés. Ses élus. Me faire connaître sa formidable culture qui l’élève au-dessus de la masse et de la fange des personnes si basses qu’elles ne valent rien. Elles n’y sont pas. Elles sont donc inutiles à la société.

Depuis, j’ai honte de l’admettre, mais je ne sais plus comment réagir avec elle. Elle m’a manipulée. C’est le sentiment que j’ai et dont je n’arrive pas à me détacher. Peut-être ai-je tort ? Malheureusement, je ne le pense pas. D’autant que je lui ai promis de ne parler de cela à personne, que cette soirée si étrange resterait entre nous...alors qu’elle ne s’est pas gênée pour anticiper et prendre les devants pour parler de cela à qui voudrait bien l’entendre et me dénigrer aux yeux des autres. Elle appelle, explique qu’elle m’a emmenée à une soirée et qu’au grand jamais ce n’est une secte. C’est moi qui ai mal interprété et qui n’ait rien compris. Elle use et abuse de ce que je lui ai raconté de mon histoire personnelle en expliquant que c’est ma fragilité qui m’évite toute compréhension.

Hier, mercredi, nous nous sommes vues. 
Contact bref, à peine 30 minutes. 
C’est moi qui avais posé le rendez-vous. Je voulais la voir, parler, discuter avec elle. Revenir sur cette étrange soirée.
Elle avait accepté.

C’est moi qui ai parlé, je lui ai dit mes craintes, mes inquiétudes, notre amitié que je sentais disparaître, le mal-être dans lequel j’étais depuis.
Rien. Aucune parole ne sortait de sa bouche. Elle me regardait fixement, comme fâchée d’avoir été démasquée. 
Que ses intentions n’étaient pas aussi louables qu’elle avait bien voulu me dire.

Les reproches qu’elle m’a faits : « tu as changé avec moi, tu n’es plus la même », « Ton sms de dimanche n’était pas sympathique »
Non, ce n’est pas moi qui ai changé, c’est elle qui m’évite. Je le vois bien, à chaque fois que nous nous croisons, elle me fuit. Selon une amie que nous avons en commun, c’est parce qu’elle a peur que je parle de cette soirée. Elle a peur de l’image que je pourrais véhiculer sur elle.

Mais je ne vais rien dire. Je reste sur ma position que c’est une soirée privée, qui nous concerne toutes les deux. Cela ne regarde personne d’autre.
Et ce sms, effectivement je reconnais volontiers qu’il était froid. Mais elle venait de poster sur notre site internet l’un des enseignements de son gourou, « le pardon christique », qui consiste à écrire 140 fois par jour et pendant 7 jours d’affilée les raisons pour lesquelles on pardonne à celui qui s’éloigne de nous...  « Tu n’as jamais fait ça ? » me demande-elle presque naïvement. Non, sauf lorsque punie à l’école je devais faire des lignes...jamais je ne me serai infligée cela volontairement, ni jamais je n’en aurais eu l’idée...

D’ailleurs, ce site internet que nous avons crée ensemble devait initialement être une sorte de magazine féminin avec des articles frais et légers. Aujourd’hui, face à elle, je me rends compte qu’il est un prétexte, un vecteur pour essaimer la parole de son gourou et de sa secte.
Je lui ai parlé de secte, je lui ai dit les recherches que j’avais faites, je lui ai démontré que les paroles de « son maître » étaient les mêmes que celles que j’avais trouvé sur des sites sectaires. Elle me regardait attentivement, fixement, et n’a jamais démenti. Comme si elle avait été confondue, se rendant compte que je n’étais plus dupe de ses manipulations...

Une douche froide pour elle, comme pour moi.

Elle ne s’est pas excusée, elle n’a pas cherché à discuter.

Comme j’avais démarré la conversation, j’y ai mis un terme. Je la sentais mal à l’aise et je ne voulais pas la mettre plus en difficulté. Elle est fine, intelligente, diplômée, je pensais pourvoir avoir une conversation sereine, adulte, avec du discernement et des explications, un dialogue, simple, construit et argumenté. Rien. Elle ne m’a rien donné. Comme si elle se contrôlait volontairement. Elle écoute patiemment, ne dit rien, ne parle pas, ne sourcille pas, me fixe, me regarde en face, sans laisser transparaître une émotion.

Nous nous sommes quittées sur cette place, 30 minutes plus tard. 

30 minutes et une soirée pour ruiner une amitié.

Lettre à celle qui m’a trahie, 


« Tu avais le choix de ne pas me faire peur et de me respecter dans mes croyances et dans mon intégrité.
Au lieu de cela, tu m’as entrainée délibérément dans une secte, en toute connaissance de cause. Délibérément. En toute conscience de ce que tu faisais et de ce que tu projetais pour moi. 
J’ai l’esprit très ouvert me dis-tu. Oui, certes. Et justement je veux le conserver ainsi.  Je ne veux pas être enfermée dans un système de pensée totalitaire, démentiel, fou. Tu m’as dit que cela allait certainement me plaire, me convenir car j’ai cette capacité d’écoute et de compréhension. Oui, là devant toi, dans ce café, en cet instant, je comprends avec tristesse que tu as tissé une toile autour de moi pour me manipuler et m’entraîner dans cette secte. Cette soirée était complètement calculée, je faisais partie des recrutés. Je ne le comprends amèrement que maintenant. 
Me voir déstabilisée et mortifiée face à ce discours manipulateur, tu jubilais. Tu as parfaitement réussi ton coup : je me suis sentie en danger, absolu et total. En m’emmenant là-bas, tu n’étais plus avec moi. Tu étais de l’autre côté. Celui des adeptes et de la secte.
Une véritable amie ne mettrait jamais en danger ceux qu’elle aime. Toi tu l’as fait. »
                                                                                            Catherine


Thérapeute ou "Thérapute"...?

  Photo by Marco Bianchetti on Unsplash Dans cet article, j'avais envie de partager avec vous ma vision du thérapeute et non du "t...