Le jour où… « Bah … Finalement … »
Charisme, forteresse et clés de voiture dans la main. Bienvenue dans ma tête.
Permettez-moi de vous planter le décor. Pas le décor des Cours Florent de mon fils ! Non, le mien ! Mon théâtre, ce qui s’est passé récemment devant mes yeux, et en l’occurence au Salon Natura de Rezé, auquel j’ai participé fin Février.
Plusieurs personnes m'ont dit, avec le même sourire soulagé de celui qui à réussi à avouer la bêtise qu’il avait fait à ses parents, une variation de cette phrase : « Finalement, vous êtes sympa". "Finalement, je peux vous parler". "Vous avez répondu à mon mail, je n'osais pas trop… »
« Finalement. »
Chaque fois, j'ai répondu par un grand rire. Le rire facile, celui qu'on sort pour meubler le silence intérieur qui, lui, hurlait : PARDON ?!
Parce que moi, dans ma tête, je suis quelqu'un d'accessible. Naturelle. Authentique. Je ne crache pas de feu ! Je ne collectionne pas les têtes de mes ennemis sur mon bureau ! Je réponds à mes mails, je dis bonjour, il m'arrive même de faire des blagues, pas toujours bonnes dirait mon fils, certes, mais des blagues quand même. Alors cette image de Wonder Woman que les gens semblaient avoir de moi, je ne la voyais pas. Du tout. Elle m'était totalement étrangère.
Surprise ? Oui. Sidérée ? Complètement. Légèrement en mode « est-ce qu'on parle bien de la même personne ? » ? Absolument.
Et puis, récemment alors que je discutait avec elle de cette situation, une de mes collaboratrices a lâché, avec le plus grand naturel du monde, cette petite bombe : « C'est ton charisme. Les gens sont impressionnés. Ça peut faire peur. »
Mon charisme ??? What ???
J'ai marqué un temps. J'ai regardé à gauche, à droite, pour vérifier qu'elle ne parlait pas à quelqu'un derrière moi. Non. C'était bien moi. La même qui cherche encore ses clés de voiture alors qu'elle les a à la main, la même qui a une confiance en elle à géométrie très variable selon les jours. Ce moi-là avait du charisme qui intimidait les foules ?
Bon !..
Je ne vais pas vous mentir, la flatterie fait son petit effet. L'ego a ronronné deux secondes, comme un chat qu'on gratte derrière les oreilles. Mais deux secondes seulement. Parce qu'assez vite, une pensée moins cool a pris le relais : si les gens ont peur d'approcher, si ils hésitent à envoyer un mail, si ils sont soulagés de découvrir que je suis humaine, qu'est-ce que ça dit de ce que je renvoie sans le savoir ?
Et là, c'est un totalement vertigineux de mon point de vue.
Parce que l'inaccessibilité que je dégageais, je ne l'avais pas construite consciemment. Pas d'armure vissée le matin en me levant en mode la grande blonde de 2m dans GAME OF THRONES, pas de formation en ligne « Comment paraître froide et distante en 5 étapes ». Non. C'était quelque chose de plus insidieux : la posture professionnelle un peu trop parfaite, le sérieux porté comme un uniforme, la pudeur voir la timidité qui ressemble de loin à de la hauteur. Le genre de truc qui se construit tout seul, brique par brique, pendant qu'on fait pas gaffe.
Et pendant ce temps, des gens tergiversaient avant de m'écrire. Se demandaient si j'allais répondre. Préparaient mentalement leur entrée en matière comme on prépare un entretien d'embauche ou une audition pour passer un casting, oui ! je suis un peu baignée dedans ..
Ce que cette expérience en mode « prend toi ça dans la G….. ! » m'a vraiment appris.
- La leçon numéro un, et elle est un peu inconfortable : l'image qu'on projette et l'image qu'on a de soi peuvent être deux personnes qui ne se sont jamais croisées. On peut se croire totalement transparent, naturel, ouvert, et renvoyer malgré tout quelque chose de radicalement différent. Ce n'est pas une question de mensonge ou de manipulation. C'est juste que nous ne nous voyons jamais de l'extérieur. Jamais. Et c'est précisément pour ça que le regard des autres, même quand il nous surprend, même quand il nous dérange, est une information précieuse qu'on aurait tort de balayer trop vite.
- La leçon numéro deux : ce n'est pas parce qu'on ne se reconnaît pas dans un miroir qu'il est faux. Quand une personne vous dit « finalement vous êtes sympa », on peut hausser les épaules. Quand cinq personnes vous le disent, c'est une information. Pas une attaque, pas une injustice, un signal. Et les signaux répétés méritent qu'on s'y arrête, même cinq minutes, même si c'est inconfortable.
- La leçon numéro trois, la plus douce peut-être : le charisme n'est pas réservé aux gens qui débordent de confiance en eux. On imagine souvent les personnes charismatiques comme des êtres au-dessus du lot, imperméables au doute, à l'aise en toutes circonstances. La réalité est plus chouette que ça. On peut avoir une présence qui impressionne les autres tout en cherchant ses clés de voiture qu'on a dans la main. On peut rayonner sans même s'en rendre compte. Et ça, c'est à la fois flippant et magnifique.
A retenir :
Demandez du feedback, vraiment. Pas le feedback poli qu'on donne pour faire plaisir. Le vrai. Celui qu'on va chercher avec une vraie question : « Quelle impression est-ce que je donne quand on ne me connaît pas encore ? » C'est vertigineux à entendre, mais c'est l'un des outils les plus puissants qui soit pour grandir. Ce que les autres perçoivent de nous est une donnée. Et les données, ça s'utilise.
Distinguez qui vous êtes de ce que vous projetez. Vous pouvez être profondément bienveillant et dégager de la froideur. Vous pouvez être bourré de doutes et inspirer confiance. Vous pouvez être drôle et sembler sérieux comme un pape. L'intérieur et l'extérieur ne sont pas automatiquement alignés et ce travail d'alignement, personne ne peut le faire à votre place. Prenez le temps d'explorer cet écart. C'est là que se cachent vos plus belles prises de conscience.
Accueillez ce qui vous surprend de vous-même. Le jour où quelqu'un vous dit quelque chose sur vous que vous n'aviez pas vu venir, ne l'écartez pas trop vite. Même si ça flatte. Même si ça dérange. Ces moments de surprise sont souvent ceux où on apprend le plus sur soi. Ils ont presque toujours quelque chose d'utile à vous dire et surtout quelle émotion viennent-ils faire ressortir chez vous ? Ce qui sera très enseignant pour la suite de votre cheminement et de la connaissance de vous-même.
Alors si un jour quelqu'un vous dit « finalement » avec ce sourire soulagé… souriez. Pas seulement pour faire bonne figure. Souriez parce que vous venez peut-être de recevoir l'une des informations les plus précieuses sur vous-même.
Et ça, ça n'a pas de prix. Enfin je dis ça après coup et analyse car sur le moment "finalement" c'était chaud !!

excellente analyse que je partage !!! toujours très intéressant de se demander ce que l'on dégage ... un conseil en image de soi peut aider 😉
RépondreSupprimerEt oui bien évidemment ! Et pourquoi pas !
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